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POURQUOI TANT DE HAINE !!

B 05 - Moi ch'ui A, et toi ?

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education - Morale, #Morale

9/97 - 02/2016

Pour les nouveaux collégiens, la période d’harmonisation des mouvements internes commence par une période de désorientation. La répartition des groupes de niveau et des semaines en A et B donne lieu à des angoisses dont les adultes n'ont pas idée ; tellement ils sont forts.

Tu vas où comme ça ? Ben en maths ?! Mais non, aujourd'hui c'est la semaine des A. Tu es dans le groupe avec moi. Non je suis dans le groupe A les semaines paires et dans le groupe B les semaines impaires. Comment ça se fait ? Moi je ne change pas toutes les semaines … Si, c'est le prof qui l'a dit. C'est en semaine paire que nous sommes ensemble dans le groupe A en français. Et toi tu es dans le groupe B en sport, dans le groupe A en techno la semaine suivante. C'est quelle semaine aujourd'hui déjà ? Paire. Je crois. Donc tu es en B. Non !! Je te dis que je suis en B les semaines impaires. Justement ! On est en semaine B, donc tu es dans le groupe A. Non ! Tu mélanges tout. Ça n'a rien à voir. On est en paire ! Donc, on est en A, puisque B c'était hier ... J'y comprends rien ... Les semaines ne changent pas tous les jours quand même ?! On demande à quelqu'un ? T'es folle, on va encore se faire engueuler pour notre incapacité à rien faire comme y faut. Nous sommes des vraies têtes brûlées … Merde ! T’as pas une clope ? Chui démoralisée, faut que j’me r’monte. Tu veux te faire guillotiner ? Alors un chouingomme ou n’importe quoi, ou je fais une crise d'overdose. Hé ! Mais … On est dans le couloir C ? La techno, c'est dans l'aile H.

 

(Contrat.G)+(X.Contrat) = contrat [G+X])[1]

9/97 – 18/3/16

Un contrat / règlement général, à l'attention de l'ensemble de la population scolaire du collège, est suivi de prêt par des contrats / règlements par matières. En tant que parent, je ne suis pas tout à fait rassurée quant au sens de toutes ces recommandations. Tous ces documents, tous semblables et tous différents à la fois, finissent par être envahissants. Qu’est-ce qu’on nous veut à la fin ? Tous les textes contiennent les mêmes mots disposés différemment, le message final étant invariable, laconique : « J'ai toujours quelque chose à faire en math », comme s’il n’y avait rien à faire dans les autres matières. L'idée d'une semaine en cadence, par exemple, est très originale : jour do : leçon ; ré : devoir ; mi : correction ... Mais la musicalité formelle ne garantit pas l'application du concept à la relation en cours. Cet amas de règlements résonne comme un martèlement. A qui est-il destiné ? La multiplicité des notes aux familles ressemble à un coup de balai qu'une personne autorisée donnerait devant chez vous : « C’est à vous ; ramassez ». Et il nous reviendrait à nous par enfants interposés de faire le tri et la synthèse des tas disposés à nos pieds. On peut se demander si les enseignants, contraints de pallier au déficit général de l’école de la république, n’en perdent pas eux-mêmes leur latin … Un enseignant du primaire qui fait copier à sa classe mixte « Je suis attentif à … » n’est pas au point avec son propre genre[2] ; ni par conséquent avec la règle quelle qu’elle soit. Une fille qui copie le règlement au masculin sans se poser ni poser de questions sur la validité du genre employé a déjà intégré la non-valeur de son genre à elle. Le garçon de son côté a tout loisir d'assimiler passivement la nature de son genre dominant ; bien malgré lui.

Passage à apprendre par cœur : « Je récite ma leçon cahier fermé ». La redondance entre réciter et cahier fermé nous informe que le texte du contrat est une récitation ; un ânonage : le maître aura reproduit avec ses élèves ce qu’il aura appris par cœur lui-même. Ce qui devrait suffire pour interdire l’ânonage sous quelque forme que ce soit ; même chez soi : dis s’il te plaît, merci … Cela signifie aussi que cette pratique peut produire d’excellents radoteurs, mais qui ne seront pas nécessairement de bons élèves. Pour donner quels adultes d’ailleurs ?

[1] Ce n'est pas parce que ce titre vous rebute que vous êtes nul en maths ...

 

Eurêkasmurf[1]

10/97 - 03/2016

Un enseignant donne une punition collective en couleur à une classe de 6ème. Ecrire cent fois « Je ne dois pas décorner en classe », chaque lettre d'une couleur différente. Voilà de quoi en avoir les boules à perpète, sales p'tits c... Un vrai travail de forçat. Changer de crayon[2] dix, vingt, cinquante, deux mille sept cent fois, ça vous donne tout le temps d'apprécier la texture des crayons, l'assouplissement progressif de votre calligraphie, ainsi que les bienfaits de l’ingurgitation.

Afin d’améliorer le rendement, nous nous permettons de suggérer que l’artiste Commandeur se donne la peine d’apprécier pleinement les effets structurants de sa pédagogie spéciale destinée à libérer l’esprit artiste des élèves bas de gamme, de s'atteler lui-même à cette tâche ardente. Il saisirait avec plus d'à propos l'éclat indéfinissable qui smurf dans les regards adolescents qui semblent vides lorsque, au moment où ils lui remettent le produit de leurs efforts forcenés, lui le froisse avec négligence avant de le laisser tomber dans la poubelle à ses pieds, le regard fixé sur les vingt ou trente six coupables par défaut qui auront fait la punition pour un seul qui n'aura pas su répondre à la divine question : « Qui a fait ça ? ».

Alors seulement, et seulement alors, pourrez-vous reprendre votre œuvre pédagogique là où elle avait été interrompue à votre corps défendant. Votre force morale fera des émules, Maîtres, n’en doutez pas[3]. لا

[1] Réflexion publier dans « L’Est républicain », Épinal. Aucune réaction ne m'avait été signalée.

[3] Au lendemain des élections présidentielles de 2002, cinq ans plus tard, sont annoncés les futurs centre fermés pour délinquants mineurs confirmés ...Qu'en est-il en 2016 ?

 

Matière à manières

10/97 - 08/2016

Qui peut dire si l'éducation nationale est un mammouth ou un tyrannosaurus rex ou un tyranozoreilles flax … C'est de toute évidence un morceau de poids, dont l'action de poussée ou de traction sur un objet qui lui est attaché lui confère ses lettres de noblesse. Parfois, l’action et la réaction sont inversement proportionnelles. L’effet de l'action est alors annulé par la résistance de l’objet sur lequel s'exerce la force. Raison pour laquelle, sans doute, l'enseignement des mathématiques, de l'histoire et de la géographie n'induit ni plus de logique ni plus de connaissance ni plus de civilités dans la société civile. L’enseignement du français embrouille enseignants et élèves ; la technicité et l'art de la langue restent inaccessibles aux forçats du maux … Non ! Maux est un pluriel. Et moi je veux parler d’un mal particulier, singulier : léchec, qui s’épanouit au rythme de la diversification des publics scolarisés dit-on. Réfléchissons …

Si la diversité des publics scolarisés est la cause de l'échec, la solution est simple : supprimer la diversité. Mais laquelle ? Celle des origines, des cas, des niveaux, des matières, des marques publicitaires … À moins d’ajouter un troisième larron … Un genre de public différent … Ça se fait tout seul. Une matière différente ? Il y en déjà trop. Et si on essayait une autre manière ? On en a déjà essayé plein. Oui mais pas une qui réduirait la résistance du matériau à l'action du forgeron, dont la cause pourrait être celle-ci : l’offre (!) contrôlée de produits éphémères dits culturels rend les jeunes accrocs à des produits et services en consommation rapide non contrôlée. Ce qui cadenasse l’imaginaire des jeunes, c'est la pub, qui constitue un concurrent dissolvant pour toute action éducative, parfaitement insipide en comparaison. Si l’Éducation Nationale veut se refaire une légitimité, il lui faudra exercer un contre-pouvoir régulateur puissant. Par exemple, mettre en place un dispositif de régulation au bénéfice des enseignants qui ont des difficultés, ou dont les résultats ne correspondent pas à une moyenne utile. Que peut y faire la matière éducation civique annoncée par le ministre de l'éducation ? Qu’a-t-elle changé depuis[1] ?

 

[1] Nous sommes en août 2014.

 

Citoyenneté discursive

12/97 - 08/2016

Le bilan du débat sur la citoyenneté au collège se réduit à une liste exhaustive des obligations des élèves envers les Grands et l’établissement. Un transfert des obligations citoyennes au bénéfice exclusif d'une personne morale vague : le personnel d'encadrement. Dans un rapport logique aux choses de la vie, les grands modèles sont les premiers à avoir des obligations envers les modèles réduits. Telle qu'elle est énoncée dans ce document, la citoyenneté a pour objectif une jouissance tranquille des lieux par les Grands. Comme si le document s’adressait à la structure et que personne d’autre n'allait le lire, ou n'aurait la capacité de juger de sa validité. Ce document est sans objet car la citoyenneté est une affaire de cité, de société ; pas de catégorie. Il se trouve que l'école, fonctionnant en circuit hermétique, est devenue tellement étriquée pour un imaginaire juvénile fortement déterminé par une production publicitaire décérébrée que, en compensation, les jeunes développent des apprentissages parallèles au sein même de l'enceinte scolaire. Ce n'est pas la rue qui envahit l'école, c'est le vide organique de l'école qui submerge l'être social de l'enfant, le désocialisant à petit feu.

Jusqu'au terme de sa scolarité, un enfant est soumis à plus d’une autorité parallèle ou perpendiculaire à d’autres : institution scolaire, famille rapprochée et nébuleuse, vie de quartier, télé, loisirs, clubs ... Quoi qu'il lui arrive ailleurs, quels que soient ses déboires éventuels, une fois dans l'enceinte de la communauté scolaire, l’enfant est tenu de se métamorphoser en une parfaite incarnation de l'idée d'élève. Concernant la tenue correcte par exemple, entre une jeune animatrice, enseignante, éducatrice cool en minijupe ou jeans délavés moulants, anneaux créoles ; une dame classe ; ou un jeune animateur à queue de cheval, cheveux orangers, pantalons à carreaux flottant avec de poches de marsupiaux sur les genoux, bottines pointues ou baskets, quelle est la tenue exemplaire ? Quelle est la tenue incorrecte à bannir pour que les jeunes accèdent à un code universel des manières tolérées ?

On exige des jeunes des comportements qui ne correspondent pas à leur vécu au quotidien. Ni la famille dont la géométrie est déclinée à tous les formats et à tous les modes administratifs, ni la rue livrée à la publicité et aux traces de chiens tous gabarits, ni l'école d'où la communication est bannie, ni les films, BD et autres produits à label culturel, ne font la promotion de la concitoyenneté. On attend des enfants le contraire de ce qu'on leur sert. Moins on assume son devoir de bienveillance, plus on les accuse d'intolérance. Moins on assume son devoir d'exemplarité, plus on exige d'eux des signes manifestes de respect. On décrépitude. لا

 

De l'enfant ou de l'élève

12/97 - 082016

La dernière note destinée aux parents, intitulée : « travail, tenue et discipline » est la goûte de trop. En tant que personne « dûment informée » selon la formule consacrée, j’assume ma part d’initié : je réagis. Nous savons que le collège accueille les jeunes au moment le plus délicat et le plus ingrat de leur développement, et qu’ils peuvent poser problème, comme nous avons pu le faire nous-même à cet âge-là. Pour nous faciliter la réflexion, mettons-nous d'accord sur ceci : en tant que parents, nous savons que chacun de nous élève ses enfants comme il peut, veut ou croit. Aucun de nous ne tolère que quiconque vienne lui faire la leçon à ce sujet. Admettons aussi que, dans son rapport à ses enfants, un parent n’est ni éducateur ni psy ni agent de l'ordre public. A plus forte raison un parent isolé et précaire, un genre en développement fulgurant. A quoi nous ajouterons que le parent n'est plus une référence principale pour ses enfants, mais un élément du décor, lui-même pouvant être en rupture avec lui-même depuis son jeune âge, par la grâce de la libéralisation des mœurs. Revenons aux informations destinées aux familles.

Nous sommes donc informés que l'institution crée un fonds de 20 points de « crédit » alloués à la conduite de nos enfants. Un crédit ratifié par la mise en place d'un « conseil pédagogique » dont le rôle est de sanctionner tout solde négatif. Une chance nouvelle de vivre sous une menace originale : le supplice de Tantale adapté aux élèves de onze à seize ans. Une sorte de décompte à rebours avant exécution d’une sentence. Et sans appel : « ... chaque manquement entraîne ... ; pas d'élèves qui errent ... ; pourra y indiquer (...) l'infraction ; sera traduit devant ... Tout manquement grave entraîne aussitôt la comparution devant (la dite instance) ! ... »[1] C’est une ordonnance d’un tribunal d’exception. Avec cette différence : la présomption de culpabilité y est présupposée.

Quelle direction veut prendre l’institution scolaire et qu’est-elle capable de faire le mieux ? S’en tenir à l’enseignement académique ; s’inscrire dans une perspective éducative, laquelle ; ou se cantonner dans la défensive par la circonscription rhétorique des débordements d'un public désinvolte et peu intéressé ; peut-être parce que ne se sentant pas concerné. Quant aux parents, ils sont traités comme des agents périphériques chargés de mettre en application les décisions de l'établissement : « Sûr que, de votre côté, vous aurez à cœur d'insister auprès de votre enfant pour qu'il fasse les efforts nécessaires afin que s'améliorent les conditions de vie et de travail dans notre établissement[2] ». Notons les symptomatiques votre enfant et notre établissement, et déduisons-en le statut du commandeur. Comme si les enfants, pardon les élèves, étaient individuellement responsables de la qualité de la vie à l'école. Comme si le parent ne se préoccupait de ses enfants que sur injonction de l'autorité scolaire. Pense-t-on que les parents n'ont d'autres préoccupations que de faciliter la vie à un établissement dont ils sont exclus ? Quelle place le parent occupe-t-il entre la moralité des camarades, qui est celle de la société, le tempérament ou l'humeur de chaque enseignant et surveillant, le contenu des programmes ou de la télé, la gestion du temps scolaire, la qualité de l'acoustique, de l'éclairage, des matériaux de construction … ? C'est tout cela qui fait « les conditions de vie et de travail dans votre établissement ». Et chez moi aussi par ricochet. La démultiplication des mesures coercitives à l'encontre des élèves ne remplacera pas un effort de cohérence dans la relation de l'institution aux enfants pendant qu’ils sont sous sa responsabilité. Ce serait un début de bon augure pour démocratiser l'enseignement. لا

[2] Note du 17/12/97 ; une belle débandade des genres !

 

Les premiers ne sont pas les meilleurs

01/98 - 08/2016

Certains élèves ont beaucoup de facilité à comprendre, apprendre, retenir, réutiliser, gérer leur travail scolaire. D'autres ont beaucoup de difficulté à donner un sens à ce qu'on leur fait faire. Certains peuvent se faire aider chez eux, d'autres pas. Parmi ceux qui se font aider, certains vivent en bonne relation avec les leurs et en tirent profit ; d'autres pas. Un devoir fait à la maison n'est pas nécessairement fait par l'enfant seul. Or, ce sont les meilleurs élèves qui rendent leurs devoirs maison, et bien faits. Ce sont les mêmes qui bénéficient de tous les avantages : bonnes dispositions, bonnes appréciations, bonnes notes, considération. Ceux dont les parents ne peuvent pas aider sont lésés à tous les niveaux : difficultés socioculturelles, difficultés scolaires, difficultés avec le milieu enseignant, mauvaises notes, dépréciation. Égalité des chances ? Et concours Kangourou & Co …

Si F tient à participer à ce concours, si vous y tenez (prof de maths), c'est parce qu’elle fait partie des bons élèves, à qui le concours donne une chance supplémentaire de se démarquer encore plus. Une sur classification qui nourrit les vanités et l’esprit des classes (sociales ?). En tant que bonne élève[1], F considère de son devoir d’honorer votre appréciation en se ralliant au groupe des élèves représentatifs de la qualité de votre enseignement. Seulement voilà, je tente d'apprendre à cette enfant que seule sa satisfaction morale compte, ce qui semble la convaincre puisqu’elle renonce de bonne grâce à ce privilège. Qui n'est pas une action mais une réaction : comme la cuti, ça fait impression un temps, infiniment court. Tant qu'ils sont en mesure d'accepter mes arguments sans en développer de hargne[2], je ne souhaite pas que mes enfants participent à des manifestations qui donnent lieu à une sélection par laquelle les meilleurs gagnent ; les mauvais perdant forcément. Cependant, dans ce cas particulier comme dans d'autres qui concernent ses rapports à l’école, elle a besoin de notre accord à toutes les deux pour choisir sans mauvaise conscience entre s'en tenir à mes recommandations et vous décevoir, ou l'inverse. C’est difficile, mais c’est à nous que revient la responsabilité de la gestion de cette difficulté[3]. لا

[1] Quelques années plus tard, elle développera une aversion irrationnelle pour les mêmes valeurs, avec la même conviction.

[3] Le prof de maths à qui s'adressait le message, Épinal, a joué le jeu. J'ai pour cette dame un sentiment fraternel infini.

لا

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