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POURQUOI TANT DE HAINE !!

C 02 - Les Uns contre les Autres contre les Uns

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education - Morale

 

Les Uns croient qu'ils pensent, et croient pouvoir penser pour tous.

Les Autres pensent qu'ils croient, et pensent pouvoir croire pour tous …

Ils se trompent, puisqu'ils ne croient ni ne pensent la même chose, et qu’aucune des parties n’a le pouvoir de prouver que sa façon à elle de penser ou de croire émane d’un au-delà ou en deçà consultable.

Chez les Uns, certains ont pensé leurs valeurs domestiques universalisables ; ils en ont fait une parole d'évangile. Convaincus du caractère sacré de leur pensée, ils se sont lancés dans la conquête du monde. Les conquêtes achevées, le retour de manivelle est violent : le monde va mal. Ils étaient pourtant partis sauver des sauvages de l'enfer auquel leur état de pécheurs naïfs les condamnait irrémédiablement. Mais la conversion n'a pas amadoué le dieu principal qu’ils servaient, puisqu’il continue à faire des misères à tout le monde ; peut-être parce que l’enfer du ciel n’impressionne plus grand monde. Qu'à cela ne tienne, les Grands Concepteurs de Valeurs Uniques ont trouvé la parade : ils ont démocratisé l’enfer et l’ont rapatrié sur terre. En apparence, ça ne donne pas de meilleurs résultats en termes de soumission à la bonne parole propagée. Alors, ils ont conçu un barbarisme sans issue, une aporie : les guerres idéologiques. Un état de guerre permanent pour des idées ! Des idées flottantes qui changent de forme et de couleur avec les porteurs, et se concrétisent dans des actes terrifiants. Ça dure depuis les Croisades. La guerre dite froide a suivi, sur fond de menace nucléaire, peut-être pour prouver son humilité à dieu et lui signifier qu’on s’appropriait sa colère. Mais la colère de dieu reproduite n'a pas plus convaincu les esprits obtus de l'intérêt de se convertir à une croyance clé en main. Chacun tient à ses imperfections, c’est normal. A notre époque, et à partir de tout ce qui n'avait pas réussi jusque-là, les grands esprits ont conçu le choc des civilisations. Une expression qui permet de désigner comme ennemi un objet non définissable autrement que par l’Autre : celui qui n’est pas (comme) nous. Une voie de dérivation facile à planifier, tracer, modifier, pour canaliser les tensions des peuples abrutis d’ignorance et d’histoire faussée. Il suffit de lancer un slogan, le tour est joué : telles des missiles à têtes chercheuses, les opinions se tendent, prêtes à décocher les flèches vengeresses. Actuellement, l'Autre est une minorité sédentaire significative en terre chrétienne : les musulmans. Les musulmans de leur côté, attribuant l’arrogance de leurs Autres à eux à une morale impie, croient se distinguer auprès d’Allah en se calfeutrant dans un dédain passif ; mais vorace des biens de consommation commercialisés par leur ennemi en miroir ! Ainsi pensent-ils, peut-être, se montrer meilleurs croyants. Exclure l'autre est devenu un lieu commun, pour la gloire d'un dieu unique au nom de quoi on se canarde sans ménagement. Match nul donc puisque, de part et d’autre, ce sont les mêmes, ceux qui parviennent à s’accaparer les pouvoirs, qui définissent le bien et le mal à leur image et à leur guise. En religion comme en politique ; comme en sciences ou en pédagogies.

Ne nous méprenons cependant pas. La domination ne se pratique pas seulement sur les Autres. La gestion des affaires de la cité se conduit sur le même mode opératoire. Dans les deux camps, les composantes de la société sont définies et traitées en fonction de critères catégoriels : niveaux de revenus, taux d’imposition, nature du handicap ou des alliances, clubs fréquentés, poids du pantalon … Même la fonction de parent évolue avec les modes ! L'adoption d'un enfant, devenue un service banal, prenant parfois des allures de programme d'acquisition. Les acquéreurs se rendent sur les marchés qui offrent les meilleures conditions de transaction : là où les enfants se distribuent sans tracasseries inutiles ; où l'urgence est satisfaite cash parce qu'on ne sait quoi en faire ; que l'offre est alléchante, les conditions de l'adoption plus libérales ... En même temps et paradoxalement, les enfants biologiques subissent des sorts peu enviables.

Les parents biologiques, dont beaucoup fonctionnent comme des personnes au pouvoir, ce qui est normal dans la mesure où elles ne connaissent que cette philosophie-là, font ce que bon leur semble avec leurs libertés à eux. Ou plutôt leurs pouvoirs individuels : changer de lit conjugal au rythme de leurs envies perso, refaire leur vie chacun de son côté, écarteler les enfants sans retenue ; qui font les frais de haines conjuguées ou d'arrangements par défaut, contraints à une réorganisation hebdomadaire de leurs jeunes vies et de leur rapport au monde ... Question naïve : est-ce que les parents adoptifs se séparent aussi ? Si oui, les enfants adoptés subissent-ils le même sort ? Si oui, interdire l'adoption. Si non, la solution est simple : que tout le monde adopte les enfants de tout le monde, et la vie sera belle. En attendant, admettons que la désagrégation de la cellule familiale ne peut pas provenir d’un bon moral dans la société libérée des stéréotypes coutumiers. Le terme même de parent perd toute signification. On ne sait plus quoi faire ni de la fonction ni de ceux qui l’assument, ou ne l'assument pas ; ou réclament de pouvoir l'assumer sans en être … Qui est enfant ou parent de qui et comment, dans quel cadre, à quel échelon, quelles perspectives … Par filiation directe, indirecte, par adjonction, association, réduction, découpage, recollage ? L’indécision est telle qu'on peut s'interroger sur la capacité anthropologique à être parent actuellement. La fonction parent ne devrait-elle pas simplement être écrasée, comme un fichier informatique inutile et gênant ? Elever un enfant est devenu une tâche tellement épuisante ! En plus, ça crée des dissensions telles que tout compromis sur un modus vivendi civilisé devient impossible entre les parents et collatéraux. Chacun de son côté tient à s'approprier le privilège de la préférence de l'enfant, le privilège de l’exercice du pouvoir, et s'accroche à son fantasme éducatif comme à un animal domestique. Mais retournons aux Uns et à leur reflet, les Autres.

Vive le désespoir

Les Uns se sont donnés les moyens de conquérir le monde ; il leur a manqué la finesse d'esprit pour se l'approprier en tout honneur. Ils auraient été un peu futés, ils auraient choisi des solutions radicales : exterminer les autochtones dans un génocide intégral rédempteur, ou subjuguer les sauvages grâce à une équité intégrante intégrale. Intégrer les étrangers chez eux comme des citoyens égaux eut été un moyen économique de conserver en toute légitimité ce qu'on avait pris par la force. Sans garantie formelle contre une résurgence inopinée du sentiment national chez les assimilés à un moment ou un autre de la Grande Histoire ; qui ne manquerait pas de faire des larrons. De la même façon qu’elles avaient faussé l'image de leur propre dieu auparavant, les sociétés qui se qualifient de civilisatrices ont faussé jusqu’au concept de civilisation, échouant benoîtement dans toutes leurs tentatives de configurer le monde à l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. Les Autres, les sociétés contrariées dans leurs coutumes, ont eu le génie de la résistance, de la révolte et du sacrifice libérateur. Mais l'intelligence nationaliste de leurs élites s'est dissipée avec la prise du pouvoir et l'usage d'une cérébralité importée contrats économiques, militaires et récemment sécuritaires en main. Par une étrange fatalité, reproduisant les erreurs et les excès des occupants déboutés, les élites nationales se sont déchues de leur légitimité en pratiquant une violence méthodique sur leurs populations, qui se sont mises à les haïr au moins autant qu'elles avaient haï l'occupant illégitime auparavant. Rien d'étonnant à ce que, avec le temps, le génie que s'attribue l'Homme se soit épuisé, et ait cédé la place au vide spirituel, autrement dénommé désespérance. Un état d’esprit comparable à une décalcification des os à plus de soixante pour cent. Imaginez-vous tenter d'attraper un lièvre pour apaiser votre faim et récupérer un peu de calcium. Mais vous ne pouvez pas vous tenir sur vos jambes parce que vos os et vos muscles sont mous ou fibreux ; votre volonté affaissée ; vos articulations désaxées. Vous ne pouvez pas plus conserver votre conscience d’humain si vous perdez plus de soixante pour cent de votre capacité à reconnaître vos erreurs et échecs et à vous en enrichir. Et accessoirement, à vous émerveiller de l'harmonie de votre être vivant.

Heureusement, le désespoir se manifeste en général avant la désespérance. Or, le désespoir est une énergie formidable. Associé à l'ineptie des pouvoirs en place, le super génie de la débrouille modifie le métabolisme du corps social, comme la sève au printemps modifie les tissus végétaux, transformant les opprimés en résistants spontanés. Ainsi et périodiquement, les peuples, sédentarisés depuis l'avènement de la propriété privée, décérébrés par l'accumulation de faux savoirs et de techniques plus sauvages les unes que les autres, redeviennent des être errants, nomades comme leurs ancêtres. Libérés du devoir d'allégeance envers des états nationaux qui les traitent comme des verrues plantaires, les pauvres de tous les temps choisissent la violence de l'émigration, devenue massive aujourd'hui, pour fuir une mort lente par asphyxie nationale alors même qu'ils n’ont pas fini d’ingurgiter les affronts subis durant les occupations. Les plus misérables de l'époque moderne, les citoyens des pays émergeant[1], vont jusqu’à parvenir à arracher aux puissances traditionnelles des pans entiers de prérogatives jalousement conservées depuis l’aube des temps dits modernes. Les plus démunis se découvrent des envies ravageuses de confort bourgeois. Les sociétés qui se conçoivent comme le flambeau de la modernité se retrouvent nez à nez avec des rivaux inattendus, sans rien avoir vu venir tellement leur nombril occupe tout leur entendement. En face, des jeunots impertinents, débordant d'une vitalité ébouriffante comme partenaires mondiaux. Alors que leur extrême pauvreté les destinait logiquement à une infériorité naturellement reproductible.

Ces inconséquences ne sont pas exceptionnelles mais les puissants semblent dénués de la capacité à apprendre, à relativiser, à profiter de l'expérience de leurs prédécesseurs. De tout temps, ils se veulent les premiers, les plus forts, et sûrs de le rester puisqu’ils détiennent l’outil de la domination : les moyens de tromper, soumettre, tuer massivement. Quels que soient leurs échecs, ils s'affirment les détenteurs de La vérité. Même les chocs pétroliers et financiers avec leurs extensions idéologico économiques ne les démontent pas. Ils foncent, le regard intérieur transperçant tout obstacle. Choc de civilisations ? Voyons voir ...

Une foi aveugle

Qu'est-ce qui rend possible un tel aveuglement ? Peut-être une erreur de perspective : on serait à la recherche de quelque chose, que l’on nomme communément bonheur, sans savoir ce que c’est. On ne part pourtant pas de rien, car on ne cherche pas quelque chose dont on n’a pas une expérience antérieure, ne serait-ce que par transmission orale ou morale. On saura bien quand on aura trouvé. En attendant, on se conduit comme si on avait perdu jusqu'au souvenir de l'objet de la quête, dont il ne subsisterait qu’une foi aveugle ! Les mêmes désastres se produisent et se reproduisent inlassablement, au vu et au su du monde entier, dont le monde arabo musulman, sémite comme tout le monde ne semble pas le avoir, sans que personne n'agite son bâton de pèlerin pour dire qu’aucune cause ne vaut une détresse généralisée sur terre. Et pour proposer une paix conforme aux préceptes de leurs dieux uniques respectifs. Les Uns, toujours meneurs du jeu en matière de tactiques, et toujours aussi dépourvus d'une vision heureuse de la vie, n'ont pas vu la chance que pouvait représenter pour eux la misère excessive produite ou aggravée par leurs soins. Ils auraient pu profiter de la première manifestation de rejet de leurs valeurs pour questionner leurs méthodes et s’empresser de réparer ce qu'ils avaient abîmé. Non ! Ils ont retroussé les babines, montré les crocs, hérissé le poil, agité la queue, et monté des barrières qu’ils ont cru infranchissables. Perfectionnant leurs armements, multipliant leurs cibles, ils ont crié au fanatisme quand les Autres réagissaient, toujours aussi sûrs de la justesse de leurs causes. Juste ce qu'il faut pour réveiller le génie de la débrouille en situation extrême, qui sommeille tranquillement tant qu'on ne le touche pas là où ça l'agace : le réflexe de survie. Ils auraient pu abandonner leurs manières belliqueuses et vaines pour voir si ça ne leur réussirait pas mieux. Si une stratégie aimable ne ferait pas d’eux ce qu’ils ont tellement envie d’être : les maîtres du monde. Si, en rassurant, en s'acquittant de leurs dettes, en restituant ce qui ne leur appartient pas, ils n’avaient pas plus de chance d’être entendus, écoutés, appréciés, adoptés. Ils ont voulu tout garder pour eux, jusqu'au dernier round ; qu'ils sont en train de perdre. Alors que les colonisés demandaient à pouvoir se mêler dans une république assimilatrice, les Uns sont restés murés dans le concept d'une supériorité immaculée prédatrice. L'histoire est vaine qui ne sert qu’à décorer des musées, à habiller les rayons des bibliothèques, à raconter des épopées fantastiques aux enfants et aux vieux à la mémoire évasive.

Hélas ! Le problème ne concerne pas seulement les relations entre sociétés de structures mentales différentes. Il concerne le fonctionnement des sociétés en tant que telles. Si l’on établit une liste des dirigeants qui servent leurs sujets avec sincérité, on risque de devoir revenir à l'arche de Noé pour reprendre foi dans l’histoire future. Bien que liée à l’exercice du pouvoir, la misère humaine ne concerne donc pas exclusivement le fait expansionniste. Elle est consubstantielle (oups !) à l’exercice du pouvoir ; une fonction tenue depuis la nuit des temps par des messieurs. Ce qui autorise une question : la déconfiture des sociétés humaines serait-elle liée à une caractéristique masculine ? Que l’on ne se méprenne pas sur mes intentions : cette supposition simplifiée se base sur le postulat que les intentions sont en général bonnes. Que la volonté des hommes au pouvoir est véritablement de réduire au minimum les désordres dans la cité. Ce qui, logiquement, implique une volonté de justice. Voyons maintenant ce qui pourrait rendre compte de la banalisation des violences dans le monde entier, alors que nous sommes censés évoluer[1].

 

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Au lieu de s’améliorer en termes de pratiques intelligentes du pouvoir, les messieurs puissants donnent l’impression d’être devenus des programmes d’exploitation dans un système de données inaccessibles. Une fonction qui les affranchirait de l’usage du sens commun et des lois de la nature (léviathan ?). Comme si l’exercice du pouvoir transformait leurs pensées et à leurs actes en un concept ; un sanctuaire de la divinité Vérité. Ce qui pourrait expliquer pourquoi un homme au pouvoir, oubliant qui il est et comment il est arrivé là, fonctionne comme si son état lui était conféré par une puissance supérieure de toute éternité. Avec une naïveté presque touchante, car plus il est puissant moins il est prévoyant. Moins il est apaisé plus il est imprévisible. Plus il est craint moins il est légitime. Mais il ne le voit pas. L’impasse que la majorité des hommes importants font sur la réalité nous informe de leur imperméabilité à la raison. Faudra-t-il que la démence réduise la majorité des humains à une folie endémique pour que l’identité de notre sort saute à la conscience de quelques rares réfractaires anormaux dans le lot ! Pour que nous nous rappelions que la mort est de toute façon au bout du chemin, et qu’il est vain de faire des efforts imbéciles pour nier cette échéance-là.

Pour réduire les effets néfastes de l'utopie des grandeurs des Grands, puisqu'il semble qu’il s'agit de cela, il faudrait qu'un penseur, prince ou économiste plus utopique que les autres ait l'idée et la capacité de convaincre ses pairs que toute pratique qui jette les semblables ou les peuples dans la rue est suicidaire. Pas criminelle, ça ne fera pas de sens pour eux ; le sens ne les touche pas de sa grâce. N’a-t-on pas décrété que le port d'un chiffon sur la tête comportait un risque majeur de déstabilisation pour la société démocratique ? N’a-t-on pas décrété en face qu'une tête de femme dépourvue de chiffon constitue une atteinte majeure à l'esprit des lois ? On pourrait donc raisonnablement décréter que la violence sous toute forme est la marque d'une faiblesse d'esprit, d'une perturbation psychique, d'un trouble du comportement, et écarter du pouvoir tout individu qui montrerait du plaisir à imposer ses vues et ses pratiques. Peut-être que parmi les plus grands Puissants certains n'auront plus envie de contraindre les citoyens et les peuples à se haïr et à s'exploser mutuellement par les moyens les plus destructeurs qui soient. Des moyens produits et commercialisés par les sociétés civilisées empêtrées dans leur capacité à tout soumettre, et toujours aussi peu prévoyantes des conséquences. Choc de civilisations … Une sorte de guerre mondiale version jeux vidéo. C'est si simple : il suffisait d'y penser. Même pas ! Il suffisait d’être touché par l’idée d’une pensée, comme une onde sismique suit sa ligne de propagation, une telle pensée suivrait la sienne. Un grand homme français a dit, il y a quelques années : « En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées. ». Au vu de l'état de l'économie en 2012 et 2016, on se dit que son idée a peut-être manqué d’imagination …

Les Autres, ceux à qui les idées parviennent par voies satellitaires, commerciales ou pseudo culturelles, broutent gentiment ce que les prêtres du savoir délibéré cultivent, en attendant qu'ils se sentent suffisamment concernés pour tenter de croire par eux-mêmes pour eux-mêmes[2]. C'est à ce processus que je souhaite prendre part au moyen de cet essai, en espérant parvenir à produire un questionnement qui nous réunirait autour d'un sens commun. J'invite les idéalistes à s’y essayer de bonne foi.

 

[1] Evoluer, encore un concept à redéfinir pour savoir de quoi on parle.

[2] La devise algérienne qui correspond à « Liberté, Egalité, Fraternité » est « Par le peuple et pour le peuple ». Pour un résultat aussi heureux.

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