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POURQUOI TANT DE HAINE !!

C 03 - Le meilleur des mondes

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education - Morale

Des personnes sympathiques, les idéalistes, sans doute. Mais dont l’imagination nous mène à notre perte, car son pouvoir d'attraction happe et broie l’intelligence des hommes censés nous gouverner. Gouverner : piloter, conduire, gérer … Des activités qui s’exercent les mains sur l’ouvrage et les pieds sur terre, pas les yeux rivés sur un recueil de formules mathématiques ou romanesques figées sur papier pour l’éternité. Des cases inertes dans lesquelles sont inscrits des codes qui dépouillent la réalité de sa réalité pour la remplacer par leur réalité à eux : le concept virtuel de Vérité, dont le siège serait la Pensée. La vérité dans la pensée … Deux termes juxtaposés[1] qui confèrent aux Penseurs une dimension surréaliste. La pensée de personnes qui n’ont pas la capacité de faire de leurs mains et de leurs pieds un usage banal, et dont l’occupation essentielle consiste à faire coïncider la réalité qui n’existe pas avec leurs pensées, qui n’existent pas plus. Ou plutôt à décrire une réalité qui n’existe pas de telle sorte qu'elle devienne une preuve de leur pensée. L’objet de leur intérêt et de leurs travaux est la connaissance rationnelle du monde[2], selon laquelle ce que l’on voit, sent, entend … est un effet pervers de nos sens. On croit voir, sentir … mais ce n’est qu’un leurre. Heureusement, tout le monde n’est pas au courant de cette pensée-là et continue à penser différemment de cette vérité unique[3].

Illustration profane excessive (peut-être) : l'objet de notre perception herbe, par exemple, n'aurait pas d'existence en soi. Pour lui en donner, les organisateurs de la Pensée vont le codifier ; s’expliquer à eux-mêmes pourquoi ce truc fait cet effet-là sur nous. Pourquoi les herbivores qui en consomment font du lait blanc avec des nuances, et des petits de toutes les couleurs dont la chair est appréciée par les connaisseurs. Avant d’être dûment codifiée par leurs soins, l’herbe ne serait qu’une représentation faussée d'une Idée Pure inaccessible aux esprits ignorants ; qui ne peuvent pas saisir la subtilité des nuances entre l’apparent et le caché. La réciproque[4] de ce processus subliminal consistant à concevoir des idées pour modeler la perception du commun, comme prescrire les bonnes manières[5]. De nos jours, la créativité idéaliste se concrétise dans l'esprit entreprenarial, brillamment représenté dans des dichotomies socio philosophiques qui font rêver : capitalisme et socialisme, libéralisme et démocratie, égalité des chances pour les uns et héritages pour les autres, liberté des uns à disposer des autres, qui restent évidemment libres de se battre pour être libres contre tous … Sans que cela ne nous apporte ni une vie meilleure ni une mort apaisée.

A notre époque de désordres globaux, les concepts se croisent, se heurtent, se choquent, sans que les philosophes universalistes ne se questionnent sur leurs erreurs de jugement possibles ; et peut-être sur leur responsabilité morale dans la débandade des genres. Les privilèges de classes, l'exploitation, le pouvoir abusif et le droit restent les attributs des Uns ; la précarité, l’exclusion, le handicap, les attributs des Autres. Entre les deux, des valeurs floues non déchiffrables comme la solidarité, la cohésion sociale, le droit international ... Et le bonheur reste une utopie[6]. Dans le même temps, l’égalité, la justice et l'équité deviennent des valeurs d'autant plus fondamentales que la spéculation et la stigmatisation se démocratisent, devenant un mal domestique[7]. Moins il y a d’égalité, de justice et d'éthique sur le terrain, de joie de vivre, plus le libéralisme se présente comme le recours par défaut. Comme si l'affirmer réduisait les inégalités, anesthésiant les réseaux de transmission de la douleur ; donc de la conscience. Illustrons le phénomène avec une situation banale s’il en est.

Si nous appliquons à la lettre les prescriptions des différentes divinités uniques chacune pour son compte, il vous suffit de vous rendre à l'église, à la mosquée, ou à la synagogue, pour être admis au club des bien-pensants, des pieux. Quels que soient les mauvais traitements que vous infligez par ailleurs à vos enfants, vos épouses et concubines, à votre foie, vous êtes assuré de la considération de vos pairs en culte. Votre conduite hors des lieux saints peut être de notoriété publique, vous restez membre du club et honoré en tant que tel. Du côté des croyances laïques, il vous suffit de tourner en dérision les pratiques religieuses, de psalmodier le verset « liberté, égalité, fraternité », ou « la France aux Français », d’occuper une place honorifique aux cérémonies à fanions et à sigles, vous passerez au travers de toute critique objective. Brûlez père et mère, le dogme dont vous êtes considéré comme une émanation justifiera le crime pour vous. Des rédempteurs obscurs, que vous ne connaissez ni d'Adam ni d'après se satisferont de la forme ou de la texture de votre coiffe pour attribuer à vos actes une raison Vraie, sacrée, et transfigurer vos crimes en un acte héroïque. Une pratique courante par laquelle un acte individuel odieux peut devenir une cause collective ou l'inverse ; par principe. Peu importe les faits du moment que la moralité est défendue avec passion. Mais quel genre de moralité peut donc se satisfaire d'une complicité immorale …

 

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Quoi qu'il en soit, en se prévalant d'un esprit éclairé, les penseurs et les puissants se barricadent derrière un langage spécifique qui les soustrait à la critique et les préserve de toute interférence contrariante. Les plus en vogue parmi les penseurs jouissent du soutient des gouvernants, qui encensent l'un ou l'autre selon leurs intérêts du moment dans un échange de services qui consolide le pouvoir des uns et assure aux autres une emprise forte sur les esprits. Le défaut majeur de ces formes de pouvoir pour vous et pour moi étant que les affaires publiques, qui nous concernent, sont gérées sur la base des idées de ceux qui conçoivent les concepts. Une pratique qui nous exclut non seulement du partage des idées, donc d'une possible amélioration de notre compréhension mutuelle, mais du partage du monde aussi. Ainsi, si vous avez du mal à comprendre cette logique ou certaines pratiques qui en découlent, qu'elles soient spirituelles, guerrières ou économiques, ou si vous n'y adhérez pas, c'est tant pis pour vous. On vous signifiera que vous n'êtes simplement pas à la hauteur. Ce qui confirme évidemment votre inéligibilité au partage de quoi que ce soit ; ce que vous admettrez avec humilié après la lecture de cette pensée pure : « Trois grandes orientations en philosophie du langage ont influencé au cours de ce siècle les positions défendues par les philosophes analytiques en philosophie de la logique. Ces philosophes présupposent l'une ou l'autre des approches suivantes : l'antomisme, le molécularisme ou le holisme.[8] ». Tentons cependant de percer cette supériorités virtuelles et introduisons-nous par une porte dérobée dans cette Verbiase Subliminale ; la seule porte possible pour le commun des mortels étant le sens.

 

Le verbe présupposer dans cette citation confirme le génie extra vaguant des penseurs, qui vont au-delà de la supposition. Ils pré-supposent : ils anticipent sur les suppositions possibles. Or, supposer, c’est déjà anticiper sur le possible, le futur, le non confirmé. Illustrons : supposons que l'on vous dise : je suppose que vous êtes capable de faire la différence entre votre nez et votre vessie. Vous avez dix chances sur dix de correspondre à ce qui est pré supposé, parce que vous ne connaissez pas la pensée de votre interlocuteur ; c'est là que réside le génie idéaliste. Quelle que soit votre réaction à ce propos relativement réducteur, elle sera utilisée le moment venu comme preuve de la perspicacité de celui qui l'aura énoncé. Qu'il soit satisfait ou contrarié en fin de compte, l’imprécision de sa formule l’autorise à interpréter votre réaction comme ça lui convient[9]. Un art de l'embrouille maîtrisée qui le rend maître du terrain discursif ; de la logique pure. Par contre, les Grands Discoureurs ne savent pas anticiper les conséquences de leurs projets grandioses. On aurait présupposé les effets et les conséquences possibles de l'usage de l'arme atomique, de l’amiante, de la colonisation …, on aurait peut-être abandonné ces réalisations sinistres. Peut-être car il n'est pas garanti qu'on aurait eu la sagesse de choisir ce que le bon sens commandait ; en tout cas à vous et à moi. Il se trouve que beaucoup de monde fonctionne de cette façon : il me suffit de supposer que vous supposez que je suppose que vous êtes mal intentionné, ou le contraire, pour imaginer des stratagèmes punitifs improbables et monter des projets correspondants pour vous détromper sur mes intentions, pour vous séduire, ou pour me venger de l'idée que je vous attribue. Alors que vous ne m'accordez peut-être aucune attention, et que votre mimique au moment où je l’ai vue reflétait une pensée fugace qui concerne la dernière arnaque subie ; ou exercée par vous-même ...

Si ce qui précède ne vous dit rien, je m'en réjouis pour vous. Vous êtes sans doute un esprit pragmatique et n’avez rien à faire de ces turpitudes cérébrales. Ne vous affligez pas plus si vous comprenez parfaitement, car la conscience de l'emprise de vos représentations sur la qualité de votre vie vous donnera peut-être une envie irrépressible d’aller désherber le pas de votre porte. Pour un meilleur des mondes à portée de tous.

[6] « L'homme n'est devenu un objet de science pour l'homme que depuis que les automobiles sont devenues plus difficiles à vendre qu'à fabriquer », La société de consommation, Jean BAUDRIDLLARD citant Galbraith, économiste américain, Gallimard, Idées, 1979.

[7] Home made en anglais ; fait maison. Qualité garantie , en toute dérision.

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