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POURQUOI TANT DE HAINE !!

C 04 - Le syllogisme : une idée de génie

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education - Morale

Les USA hurlent au loup contre un danger désigné, l'islam. Peu de temps auparavant, c'était contre le communisme et, dans leur guerre contre le bloc soviétique, ils n'avaient pas hésité à mettre tout le voisinage à feu et à sang. Mais avançons … Concernant la menace que ferait peser l'islam sur les valeurs humanistes occidentales, les USA font preuve si ce n'est d'une mauvaise foi à la mesure de leur grandeur, du moins d'une ignorance tout aussi identitaire. Dans les deux cas, leurs interventions déterminent le moral de la quasi totalité des terriens.

Leurs actions civilisatrices ayant pour raison déclarée la défense de leurs valeurs, on peut s'interroger sur la nature de ces valeurs. Sur leur rapport au monde au travers de leur idéalisme singulier, régionalisé, privatisé. Un idéalisme qui repose sur une théorie, une idée : la nature ultime[1] de la réalité procède de l'esprit. Elle réside dans l'activité mentale ; pas de tous bien évidemment puisqu'il s'agit d'un raisonnement mathématique, valide par le seul rapport logique entre les mots. Deux exemples illustreront le poids des idées sur les comportements.

1/ Un monsieur nommé Descartes ayant affirmé « Je pense donc je suis » au 17ème siècle, aujourd’hui encore on invoque cette maxime comme on invoque des théorèmes dans une démonstration mathématique. Comme on fait référence à un dieu préexistant[2] pour prouver son existence ! Comme on s'appuierait sur la présence de l’eau dans l'univers pour prouver la préexistence de la soif ; ou l’inverse. Alors que la grande majorité de ceux qui se réfèrent à ce Monsieur par cette citation n’ont pas la moindre idée du sujet de son discours, encore moins du cheminement de sa pensée. Mieux, osez une interrogation, une objection, signalez une ambiguïté possible, vous ferez l’objet d’un haut-le-cœur outré pour l’outrage fait au Maître par le biais de ses répétiteurs. Si ce n’est de défiance idéologique. Et peut-être d'un soupçon d’un fondamentalisme extrémiste.

Ainsi du concept des libertés individuelles, transmis dans un sens unique, dont je vous propose une illustration libérée : si vous n’êtes pas individualiste, vous n’êtes pas libre. Si vous n’êtes pas libre, vous êtes un pauv' type. Mais vous pouvez le devenir, libre. Il vous suffit de faire comme tout le monde : consommer décomplexé. Ensuite, ça vient tout seul : plus vous consommez, plus vous êtes libre. Plus vous êtes libre, plus vous consommez. Ça ne peut pas rater ; c'est votre réussite à tous les coups. La suprême élégance en matière de libertés individuelles étant de consommer pour le plaisir de consommer. Pour le fun. Tu veux essayer ? Prends ça. Pas comme ça, naïf ! Il faut d'abord placer ce bout entre les lèvres. Voilà. Tiens-la bien et allume cette extrémité en aspirant fortement. Ce n’est rien, au début ça pue, ça fait pleurer et tu suffoques. Le choix de la liberté est exigeant. Mais t’es un type bien, tu y arriveras. Avec de la persévérance, tu sauras en faire bon usage. Plus de frustrations, plus de soif, plus de crampes à l’estomac parce que tu as faim et que t’as pas le temps ou pas un sou en poche. Plus de chagrin … Tout part en fumée.

Voilà pourquoi tous les états du monde se réservent le monopole du commerce du tabac. Pourquoi autrement, alors qu'elle détruit la santé, le moral et la société, cette drogue répugnante est-elle un produit de consommation popularisée ? Pourquoi ce ne serait pas les producteurs, les distributeurs et les revendeurs qui feraient l'objet des mesures dites préventives. Eux, du moment qu'ils impriment sur les paquets de cigarettes un slogan officiel, sont dans la légalité et dans le droit de vendre ce qui tue. Mais peut-être que les marionnettistes n'ont pas le choix. Peut-être que, ne sachant comment gérer un déséquilibre géostratégique turbulent, ils s'efforcent de le maintenir à un degré en dessous de l'implosion en nous tenant occupés à satisfaire des frustrations compensatrices jamais satisfaites. Peut-être que, leur objectif étant de nous préserver de la panique, s'efforcent-ils de détourner l'attention générale en subventionnant la circulation des adjuvants du désespoir. L'effet de cette stratégie par défaut ayant pour effet de maintenir le degré de frustration à un niveau suffisamment élevé pour entretenir un état de manque permanent, donc un besoin permanent de consommer mais suffisamment bas pour éviter toute volonté de rébellion. De libération.

2/ « Mieux vaut tenir que courir » dit un dicton. Pascal[3] avait déjà compris au XVII siècle la valeur incitative de l'appât du gain et, par extension, l’intérêt du jeu de hasard. Avec un argumentaire simple, il applique le procédé à la foi : parier sur l'existence de Dieu garantit le salut. S'il existe, tu es dans ses grâces ; s'il n'existe pas, tu n'y perds que dalle. Parier, c'est donc gagner à tous les coups. Que faut-il de plus pour vous convaincre que, de tout temps, l'homme a créé dieu à son image ? Et le reste avec.

 

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Ce développement nous amène tout naturellement au syllogisme, une forme extrême de l'idéalisme. Une logique à trois propositions qui fonctionne comme un tabouret à trois pieds désaxés. Exemples adaptés d'Internet :

1/ Plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Mais plus il y a de trous et moins il y a de gruyère. Donc plus il y a de gruyère, moins il y a de gruyère.

2/ Ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare. Donc un cheval bon marché est cher.

« Evidemment ! » s'exclameront les maîtres en la matière, attendris par notre émerveillement. « Évidemment ! » répondront en écho les non avertis honteusement. « Il suffit d’y réfléchir un peu, tout devient clair. » Clair ? Pour qui ? A quoi cela nous sert-il de pédaler dans des marmelades savantes ? Pas à mieux choisir nos dirigeants si on en juge par les désordres sociétaux et mondiaux, puis c’est toujours un tout petit nombre d'initiés aux codes de la virtualité qui décide pour tous. Raison pour laquelle les sociétés démocratiques le sont si peu. Ceux qui pensent la démocratie le font sur la base de leurs représentations à trois pattes instables. C'est pour cela que si, dans la théorie, la démocratie garantit l'égalité des droits et des devoirs à tous, dans la réalité, tous se réduit à une peau de chagrin. Allez ! Une clope pour nous détendre … Non ! Attendez. Prenez d’abord connaissance du troisième exemple. Découvert en novembre 2012, le film Skin[4] relate une histoire vraie : une famille blanche en Afrique du sud met au monde une enfant noire. Blanche de naissance, noire de peau, métis socialement et légalement, elle navigue à vue entre son apparence, l'attachement, les luttes et les angoisses des siens, les lois raciales, ses terreurs et ses choix de vie une fois grande ! Un système idéaliste appliqué à la lettre à des réalités que dieu en personne (hum …) n'a pas le pouvoir de modifier.

Voyons du côté de la justice. Si le concept est beau, la pratique l'est moins qui ne sert pas quiconque de façon égale. Les avocats ne sont-ils pas honorés en fonction de leurs qualités oratoires, d'organisateurs des mots ? Plus éloquents ils sont, plus élevé est le coût de leur prestation. M'en tenant exclusivement à cet élément de la fonction d’avocat, j'en conclus de façon théorique, pure, mathématique, que ce ne sont pas les faits qui déterminent l'acte de justice mais la prestance des personnages en scène. A l’échelle de la société civilisée, notons la disparité des modes d'applications des dispositions démocratiques censées être communes, comme la convention de Genève relative à l'asile politique, la présomption d'innocence, ou la laïcité qui est indéchiffrable. Elle inclut les singularités ou les exclut ? Elle libère l'individu ou le place sous tutelle ? Comment rendre compte des assassinats politiques rarement élucidés, des violences sur les minorités, des prisonniers de guerre torturés, escamotés, des dissidents écartés par des méthodes fascistes … Embarrassant ? Un recours profane au syllogisme réduira nos tourments. Considérons la contradiction apparente entre la formule « Nous naissons libres et égaux en droit » et l’interdiction des signes distinctifs d'appartenance religieuse dans les lieu publics en France.

Qui est « nous » ? Combien de temps après la naissance reste-t-on libres et égaux ? Jusqu’à quel degré de liberté restons-nous égaux ? A moins que ce ne soit : jusqu’à quel degré d’égalité chacun reste-t-il libre ? Ensuite et dans un esprit libre, appliquons le raisonnement syllogistique à l'interdiction des signes distinctifs de croyance : l'Etat est responsable de la gestion des affaires publiques ; les signes distinctifs sont une affaire privée. Donc …

Première conclusion possible : l'Etat interdit les signes distinctifs, de nature privée, dans les lieux publics. Pourquoi pas … Mais pourquoi les signes religieux ? En quoi sont-ils plus distinctifs que les signes de richesse ou de pauvreté, de réussite ou d'échec, d'alliance ou d'opposition, ou de genre ? Pourquoi ne pas instaurer l'uniforme à l'école ? Il réglerait tous les problèmes à la fois du bonnet, du foulard, de la coupe de cheveux en crinière ou en bataille, des piercings … Pourquoi ne pas bannir les bijoux, le maquillage, le bronzage artificiel, les tatouages. Et compléter avec des transports égalitaires. Un meilleur des mondes à la portée de n’importe quel Etat de droit.

Deuxième conclusion possible : à l’instar du créateur déclaré des musulmans[5], l’Etat ne tient compte ni des apparences ni des discours, mais des intentions et des actes des résidents du pays Il ne légifère pas sur les signes distinctifs individuels. Donc tout le monde porte ce qu’il veut comme il veut, à condition de rester dans les strictes limites de la bienséance[6].

En l’occurrence, l’Etat français a légiféré sur un signe distinctif : le port du foulard à l’école, mais pas sur la teinture des cheveux, ni les coupes fantaisie, la longueur des ongles ou leur coloration. Contradiction ? Un syllogisme et tout rentre dans l'ordre : l'Etat est souverain ; la décision d’un souverain est sacrée ; donc les contradictions de l’Etat sont sacrées. Ce qui rend compte de la contradiction entre un système électoral démocratique rodé et un statut quasi divin conféré aux personnes élues : immunité parlementaire, présidentielle et diplomatique ; privilèges matériels, retraites multiples, aucun contrôle d’aucune nature. Le meilleur des mondes pour qui détient le pouvoir ? Même pas ; ils n’en sont pas plus heureux. Si la démocratie est un concept génial, elle reste un idéal : qui ne s’atteint pas. Voilà pourquoi sa mise en oeuvre est arbitraire, bancale, injuste. D'où vient alors la pratique bâtarde qui consiste à gérer la vie en société sur un modèle inapplicable ? Ne nous cassons pas la tête à chercher. Laissons les idées venir ... Un modèle inapplicable peut être une très belle idée. Idée … Bien sûr ! Idée, pensée, philosophie, Grecs, Aristote. Pourquoi Aristote ? Parce que je suis ignorante et que je subis la tyrannie des clichés. Toute la philosophie du monde se résume pour moi au terme Aristote. Un détour du côté d’Internet me confirme la justesse de mon intuition[7] : « Nous ne connaissons pas le vrai si nous ignorons la cause », ou bien « L'art, c'est l'idée de l'œuvre, l'idée qui existe sans matière. » L’Esprit qui se justifie par l’évocation de lui-même …

 

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Si la traduction française d'Aristote est bonne[8], quel est le lien entre vrai et cause ? Le vrai est un concept, une cause un phénomène déclencheur dans un processus dont on peut observer les effets. Il y a effet quand il y modification, c’est-à-dire un état différent d’un état antérieur, observable directement ou indirectement. Quelque chose qui se voit, s’entend, se sent. La cause du balancement et du bruissement des branches, c’est l’air en circulation. La cause du jet de sable ou de pluie sur notre visage, c'est encore l’air en circulation. La cause de l’envol des martins pêcheurs, c’est toujours l’air en circulation. Où placer le vrai dans ces situations ? Si vrai il y a, il est lui-même par lui-même, de toute éternité ; jusqu’à l’extinction du soleil pour nous. Quelle que soit l’angle sous lequel je décris une roche ou l’usage que j’en fais, elle reste elle-même. Qu’est-ce que l’attribution d’une cause peut modifier dans la nature ou dans les usages que je peux faire de ce matériau ? Sauf à admettre que l’adjonction d’une cause à l’existence de la roche soit un moyen technique, une astuce, dont l’objectif serait d’introduire de façon implicite un troisième élément non démontrable, par rapport à quoi la roche ne serait plus qu’un miroir, un effet ou une conséquence de la cause en question ; hugh ! Le vrai serait alors une matérialisation, une preuve de l’existence de l’objet de nos propos. Une cause inaccessible aux sens et à la raison, dont dieu serait la … cause ? La source ? Pour un esprit élémentaire comme le mien, qui ne capte pas les consonances paranormales, cette sentence simple, prise hors de son contexte et dans le sens du langage actuel, exprimerait une incapacité à admettre sa matérialité à soi. Et le réel serait la négation du vrai. A moins que ce grand monsieur n’ait pas su dire ce qu’il voulait dire. Ou bien se sera-t-il égaré dans les volutes de sa pensée évaporée … Sans présomption, je ... Non, je ne vais pas le jurer. Suite une prochaine fois.

 

[1] Cherchez « ultime » dans la liste des synonymes du traitement de texte que vous utilisez et voyez à quelle sauce nous est servie notre vie quotidienne. Le documentaire : Notre pain quotidien vous en dira plus.

[2] Existant avant l'existence ...

[5] Allah n’interdit pas la plaisanterie. Détendez-vous !

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