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POURQUOI TANT DE HAINE !!

A 02 - Exercice de style

Rédigé par saïda b

02/93 - 01/2017

Une "démocratie" est le fait des hommes, de citoyens qui assument des responsabilités de plein gré (Hug ! J’ai dit). L'exercice de leurs libertés est garanti par des textes qui régissent les fondements de l'état, qui font l'objet de débats, amendements, révisions, agréments ... Le citoyen a toute latitude pour contester, proposer, choisir ou s'en désintéresser.

La religion, si elle est une œuvre humaine (véritablement ou pas, Dieu seul le sait), ne se réclame pas moins d’une origine divine. Dans la conscience des croyants, elle devient de ce fait une œuvre parfaite dont les textes définissent les limites entre le "bien" et le "mal". Il reste un problème : pourquoi dieu, dans toutes les établies à l'échelle du monde, est-il au masculin ? Laissons cette interrogation oisive de côté ...

Si l'être humain était en mesure de faire de la religion une application unique et universelle, il serait parfait, ce qui poserait un gros problème de correspondance avec le dieu origine/l, parfait par définition. Heureusement, il n’en est rien ; nous sommes imparfaits et le resterons. D’où vient alors l’obligation faite aux individus et ceci est vrai pour les trois religions dites révélées, de s'en tenir à une pratique unique ? De devoir choisir une pratique plutôt qu’une autre ? Et de la pratiquer d’une façon plutôt qu’une autre ...

Pourtant, faire porter l'habit de la foi à quiconque n'y est pas disposé revient à pratiquer le mensonge vis-à-vis de dieu, ce qui équivaut à un déni du dieu que l’on invoque. Seul un homme très imparfait (au masculin s'il vous plaît) peut se satisfaire de l'habit du moine dans son délire d'association avec son créateur. Quand cet homme est un état, il participe à son propre discrédit auprès de l'administré, ainsi contraint au parjure. Oui, Messieurs, faire semblant ou contraindre à faire semblant est contraire à la doctrine musulmane.

Les jeunes Algériens que nous appelons aujourd'hui des terroristes sont peut-être l'élite d'une école qui leur a inculqué les principes de l'interdit absolu, dont celui de penser par soi-même, dont le corollaire est l'obéissance absolue à un chef qu’il soit spirituel, idéologique, politique, ou académique.

Les Algériens n'ont pas besoin de la menace du glaive du général, que celui-ci brandisse une matraque ou arbore une barbe1 pour pratiquer sa religion. Il le fait selon ses sensibilités multiples dans les pires des conditions physiques, historiques et économiques. Aucun gendarme ne remplacera sa conscience. Même s'il est contraint à braire pour préserver sa vie ...

Quelle valeur peut prendre la pratique d'une religion officialisée et encadrée par des décrets politiques ? Par quelle brèche pourrait bien se glisser la pratique démocratique déclamée dans cette société ? Laissons donc Allah conduire son troupeau en berger suprême et contentons-nous de mériter sa grâce. Que les autorités religieuses s'attachent plus à rendre la religion attrayante par une pratique irréprochable qu'à exercer un pouvoir qui ne correspond pas aux attributs d'une légitimité spirituelle. Il est précisément affirmé dans la tradition que la foi ne peut pas faire l’objet d’une application forcée. Que les représentants de cette tradition en honorent le principe.

La croyance est une affaire aussi personnelle que la démocratie est l'affaire de tous. Mettons ensemble les mots qui vont ensembles. Restituons la politique à l'état qui nous représente (hum!), la religion à Dieu, qui n'est la propriété de personne. Question d’élégance.

 

1 Je ne parle pas ici de la barbe accompagnée d’une expression cordiale, qui donne une impression de noblesse et de maturité. Choisissez donc la bonne Messieurs ...

 

لا

C'est pas moi, M'sieur

5/93 - 01/2017

Un de vos lecteurs semble vouloir faire porter à Chadli la responsabilité de la dégradation généralisée en Algérie. D'autres, il n'y a pas si longtemps, en ont fait autant avec Boumediene. Avant il y a eu Ben Bella. On peut continuer à remonter l'histoire de l'Algérie jusqu'au coup d'éventail, à l'invasion turque, aux Hilal... Cela se nomme « délégation de responsabilité ». Cela consiste en ceci : "C'est pas moi M'sieur, c'est loui", ce qui revient à se démettre de toute présomption à la maturité. Très peu flatteur pour notre pif. Nous n'aurions jamais rien fait qu’attendre, impuissants ou lâches, que les choses se fassent et se défassent au gré de volontés plus déterminées. Pourtant, on s’est abstenu aux élections … Et l’abstention à des élections de dupes, les toutes premières élections dites libres, est un acte éminemment responsable ! Il n’y avait rien à choisir ; on n’aura pas fait semblant.

Les événements citées sont des œuvres algériennes, comme la révolution, l'indépendance, les Russes puis les Egyptiens (vous souvenez-vous ?) ; puis les coopérants français. Le FIS aussi. Nous avons tous contribué à tout. « La conjoncture » direz-vous ! Ne nous courbons donc pas trop bas sous le souffle de l'histoire. Si nous n’avons pas les moyens de la faire, cette histoire, du moins intégrons-la ; reconnaissons nos échecs. C'est la condition ciné … (ciné quoi déjà ?) d'une réflexion objective sur nos capacités à remonter une pente que nous avons dévalée avant de choisir le point de départ, le point de chute, et les étapes intermédiaires. Si nos hommes politiques (remarquez la prépondérance du masculin quand il s’agit d’embrouilles) n'ont pas été à la hauteur de nos espoirs, peut-être nous faut-il les choisir non plus en fonction d'un espoir mais d'un programme ; pas au nom d’une familiarité mais d’une exigence ; pas au nom d’une crainte mais d’une confiance. Ce qui est bon pour les Français aussi mais je le leur dis ailleurs.

Si les discours suffisent à nous faire écumer de passion2, alors nous méritons les dirigeants que nous avons parce qu’ils nous représentent bien. Les renier est inconséquent. Si nous sommes inconséquents, dansons autour des marabouts mortuaires à la pleine lune.

Chadli, Boum, Barberousse, El kahina, et pourquoi pas Rome, Madras, Babylone..., c’est tout à fait dans nos cordes. Nous sommes des afro-méditerranéo-proche-orientaux-arabo-berbères et tutti quanti. Si nous dispersons nos attributs historiques, nos ennemis, qui sont en réalité les ennemis du progrès (non, pas technologique) et de l’humanité, seront les vainqueurs de notre difformité ambiguë.

لا

 

C'est notre serpent mais c'est pas nous

6/93 - 01/2017

Les assassinats de chercheurs, penseurs, universitaires ... doivent appartenir à un domaine qui échappe à l'analyse logique. Complots, traîtrises, manipulations ... sont autant de notions vagues dénotant notre impuissance à cerner un sujet indéfinissable. De quoi se demander si les drames qui semblent s'inscrire dans une normalisation de la déstabilisation nationale n'ont pas une cause politique. Et si le politique ne sert pas d’exutoire. Car s’acharner sur ses victimes en présence des enfants ne correspond à aucune nécessité objective. Semer la terreur ? Pourquoi impliquer les enfants ? Quel enjeu peuvent-ils représenter ? Provoquer la folie ? Pourquoi en Algérie ? Cela se passe ailleurs aussi. En effet, mais pas tout à fait comme ça. Et si la politique, intérieure, n'y était pour rien …

Si les actes terroristes prennent une coloration politique, c'est peut-être que nous la leur donnons faute de traitement plus rassurant ; plus facilement accessible à l'entendement. En Europe, les mêmes actes sont perpétrés par des individus isolés qualifiés de psychopathes, de racistes, de désaxés, de désespérés ... En Algérie, ce sont des commandos qui perpètrent (ce mot est d'une laideur …) des actes qui relèvent de la folie1. Comme si les actes de démence devaient être réduit en parcelles catégorielles pour trouver leur place dans une logique à portée de main.

Tout acte humain a un sens, qu'il faut chercher dans la réalité et non dans des modèles de comportements répertoriés. Voyons voir.

Tout le monde s'accorde sur un fait : avec le développement de la vie citadine se développe des comportements antisociaux caractéristiques. Le plus « naturellement »  du monde, les violences associées à la citadinisation sont justifiées par des formes diverses d'inadaptation de l'être rustre (comprenez ruraux, semi-nomade, étrangers... ; pas beaux quoi) à la vie citadine, fief des citadins ; de souche s'il vous plaît ! Alors quoi ? Peut-être s'agit-il de symptômes d'un déséquilibre de la relation de l'être humain à lui-même, donc à son environnement. Un résultat logique de la gestion artificielle moderne de la vie en société. Une irruption de boutons n'indique ni le début ni la fin d'une maladie. Elle signale qu'il y a maladie. Ou plutôt réaction de défense de l'organisme à une agression. Constatons à ce sujet que les traitements conventionnels (contre les boutons mais aussi contre les incivilités, les précarités, les exclusions…) provoquent des troubles secondaires multiples qui nécessitent des traitements complémentaires ou annexes désastreux, que d'autres traitements tentent d'enrayer … Et la folie monte en neige.

C'est ainsi que fonctionne l’organisme social. Il suffit de faire le tour des expériences scolaires dont font les frais des générations entières, pour ne parler que de cela, pour admettre que le corps algérien a de bonnes raisons de se couvrir de pustules. Or, les cadres autant que les chômeurs du pays sont issus de ces chantiers éducatifs. Tout le monde a consommé des produits étrangers sans transition ; sans y être préparé. J'en suis, et je sais que beaucoup de jeunes immergés de façon brusque dans des situations inconnues peut se laisser piéger par ce qui lui est montré comme le modèle normal. Je sais combien on peut se tromper d'amitiés quand en face on sait très bien comment obtenir de vous ce que vous ne savez pas. Dont vous n'avez pas la moindre idée, dont vous n'avez aucune envie, que vous ne recherchez donc pas, mais dont vous ne savez pas vous préserver. Précisément parce que vous ne vous y attendez pas. Il est normal qu'une forme ou une autre d'indigestion s'ensuive. Pour se détoxiquer, il faudrait jeûner d'abord. Ensuite et simultanément, il faudrait prendre le temps de nous définir une hygiène de vie adaptée à des besoins vrais, réels et non raisonnés, déduits. Inculqués ; provoqués.

Les vieilles gens de mon enfance arrivaient au terme de leur vie bon pied bon œil. Aujourd'hui, dans le seul village de mes jeunes années, les personnes âgées, bien avant la fin de leur vie, sont malades, dépressives, aveugles ... Les enfants parlent plus fort que les parents, qui ont démissionné devant l'autorité éducative centralisée, nationale. Ils se sentent incultes et inadéquats, projetant aveuglément leurs frustrations sur leurs propres enfants, croyant que leurs intransigeances ou leur démission donnera à leurs enfants le goût de l'apprentissage et la volonté de réussir. Réussir quoi ? Ils ne le savent pas, mais puisque l'Etat le veut ainsi, c'est que c'est juste2. C'est un poids dont personne ne semble mesurer la masse. Les enseignants viennent souvent à l'enseignement suite à un échec scolaire ; comme en France entre autre. Voilà.

لا

La revanche (inconsciente ?) de tous sur une société aux modes d'utilisation indéchiffrables est une frénésie de consommation. Pas un Algérien n'échappe à l'échec de la consommation médiatisée de la modernité. Si les bonnes intentions des dirigeants ne peuvent être remises en doute sans tomber dans la diffamation, donnons tout de même un nom à l'incompétence.

Ayant enseigné une langue étrangère, je sais ce que peut représenter cette matière et l'école pour des enfants qui arrivent tout droit de la campagne : une perte brutale de repères, de temps, de patience et d'espoir pendant les longues années scolaires, qui finissent par les dégorger alors qu'ils continuent à attendre que la lumière soit. Qui s’inquiète de ce que peut ressentir un enfant ou un adolescent qui sait que l'échec est au bout du parcours ?

Car ils le savent, l'espoir n'y change rien. Ils sont peut-être incultes au regard des porteurs de signes de réussite, ces ignorants qui auront acquis un savoir sanctionné par des documents officiels, mais ils portent en eux un trésor : une sensibilité qui se nourrit d'une culture, la même que celle des instruits qui l'auront bradée contre des apparences factices. Un joyau que le cartable ne peut pas contenir, qui se porte dans le regard, dans la voix, dans le silence. Vous connaissez "Une toute petite herbe qui ne demande qu'une toute petite subsistance" ? C'est un jeune individu qui finit par donner un sens à sa vie dans le choix contraint du refus et de ses moyens. Bien sûr, aucun argument ne peut légitimer le crime, mais peut-on plus raisonnablement légitimer ci qui conduit au crime ? Qu'une vie en vaille une autre donc. Tout le monde est responsable, en Algérie comme ailleurs. Plutôt que de venger son impuissance et ses martyres en soumettant les auteurs des assassinats à la violence, ce qui légitime la leur, qu’il leur soit opposé le silence comme résistance à leur folie inculquée. Nous finirons par nous entendre quand le vacarme s'estompera.

Les nations et les puissances commanditaires des crimes ? Elles ne peuvent offrir leurs services qu'à des bénéficiaires prédisposés. Une personne équilibrée ne troque pas son attachement à son pays et à sa culture contre des avantages matériels aussi colossaux soient-ils en échange de la criminalité. La conscience ne se monnaie pas ; elle peut seulement s’épanouir, se perdre, ou se reprendre. Quand un enfant, une personne quelconque aux prises avec un aîné (un « dominant ») impitoyable se révolte et rend coup pour coup, un médiateur avisé lui inflige-t-il de préférence des sanctions encore plus exemplaires pour le réduire au silence, le soumettre, le convaincre ? De quoi ? De la valeur supérieure de la violence et de l'orgueil ? Dans ce cas, avalons notre serpent et fermons-la. C’est précisément de ces valeurs-là qu’ils font usages contre nous.

 

1Depuis, cette forme de démence s'est métastasée dans le monde non occidental ...

لا

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