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POURQUOI TANT DE HAINE !!

Nos dirigeants n'ont pas de tronc commun (avec nous)

24 Avril 2017 , Rédigé par saïdab Publié dans #Société - Education - Morale

Un coucou qui ne saurait pas pondre dans le nid d’un autre oiseau n’est pas un coucou. Que donnerait une abeille ouvrière, un rosier, ou une pieuvre qui se conduirait autrement que prévu par son patrimoine génétique, sa nature ? L’homme, lui, peut tout faire. Manipuler les gènes, y compris les siens, l’atome puis le cœur de l’atome, la structure des roches, l’opinion, le cours des rivières, et bientôt l’équilibre des étoiles qui brillent dans le ciel. Comme dans les jeux de hasard, les humains font du patchwork en amalgamant grossièrement des domaines inassimilables : art, science, culture, technologie, spiritualité, politique1. Quand tout devient possible, tout devient danger potentiel, car l’esprit ne distingue plus le bon du mauvais, le juste du faux, l’effet de la cause, la cause des circonstances. Dans ce sens, l’homme n’est plus humain. Il s’est affranchi des lois qui lui garantissaient une reproduction en harmonie avec son environnement. Dans la perspective d’une humanité fonctionnelle, viable, un humain est une personne accomplie : parvenue à maturité dans son développement psychique. Il sait qui il est là où il est, ce dont il a besoin, comment satisfaire ses besoins. Quand il sait protéger ses petits et, à l’instar des animaux et des plantes, leur transmettre les informations techniques et comportementales qui feront d’eux des humains en capacité de s’accomplir à leur tour. C’est-à-dire devenir capables de reproduire les attitudes qui les préservent et préservent leur ressource primordiale : le groupe qui les sa produits. Un humain accompli sait que le monde n'appartient à personne, que la vie est courte, qu'il a juste le temps de suivre sa trajectoire personnelle avant de se dissoudre dans un espace-temps qu’il n’a la possibilité ni de définir ni de modifier, sinon pour sa perte. L’homme accompli est un croyant véritable : il croit dans sa destinée biologique. Il n'a pas besoin de se prouver qu'il est fort. Il est fort du fait de ce qu'il est, tel que sa nature, le hasard, l’énergie cosmique, ou son dieu, l'a conçu. Nul besoin de posséder plus et encore plus, ni de détruire tout ce qu’il peut durant sa petite vie de rien du tout.

Bref, un humain accompli ne peut faire subir à personne ce qu’il ne veut pas, ce qu’il craint de subir lui-même. Chose notable qui devrait convaincre les divers croyants dans le monde : tous le dieux incréés qu’ils se disputent entre gens de foi sont parvenus à s'entendre entre eux pour créer un univers qui fonctionne ; sans qu’on n’y comprenne rien ou pas grand-chose. Alors, humain l’homme ? Il le deviendra quand il sera en capacité de réaliser le projet qui le concerne et dépasse son petit clan. Ou juste son petit bonheur à lui tout seul. Quand la guerre ne fera plus partie de ses pratiques coutumières. Quand il ne sera plus capable de faire mal sans ressentir lui-même la douleur qu'il provoque, ou l'inconfort qu'il produit. Mais pour en être capable, il lui faudra modifier sa perception de lui-même. Comment ? En commençant par le commencement : satisfaire chez lui un besoin essentiel : se sentir en sécurité, dans un usage non contraint, non contrarié de sa créativité. Ce qu’il entend peut-être par être libre, et qu’il ne parvient pas à devenir. Illustrons.

Ce que l’on qualifie de qualités de cœur comme la générosité, la fraternité, la solidarité, l’esprit de sacrifice, appartiennent au registre moral. Ces qualités ont un cachet communautaire. Elles caractérisent un groupe donné dans un espace et un temps donné : le duel a pris de formes diverses dans le monde ; les formules de politesses chez les uns peuvent choquer chez les autres … Paradoxalement, si j’agis exclusivement comme je le dois, comme c’est attendu de moi, je peux me donner corps et âme à une cause ou une personne et ainsi jouir de la plus grande considération de la part des miens, sans en éprouver de satisfaction ou de l'amour pour mon prochain. Sans même y croire ni avoir confiance dans mes semblables. Porté par un souci de ce que je crois être de la loyauté envers mon clan, je peux me montrer hargneux, cruel, odieux, en dehors de mon groupe d’appartenance.

A contrario, je peux vivre replié sur moi-même, en communauté restreinte éventuellement, ne me dresser contre aucune injustice ni me soucier d’être bien ou mal jugé, et être heureux et bienveillant envers quiconque. Je suis un ours dans ma tanière et je ne représente un obstacle ou une source d'inconfort pour personne. Mais que quelqu’un touche à ma coquille, même dans une intention bienveillante, il risque de se retrouver confronté à une résistance hérissée de ma part. On dira alors de moi : il est ingrat ! Il ne mérite pas notre intérêt ou générosité. Qu'il aille au diable ! Peut-être même verra-t-on en moi un danger pour les valeurs locales et me posera-t-on des pièges pour se débarrasser de moi. Par tous les moyens à disposition y compris la déloyauté. Le cercle vicieux se met en route : je me défendrai, vous haïrai, vous dresserai des pièges à mon tour …

Pour cette raison purement opérationnelle, un égoïsme conscient me semble plus bénéfique pour la société humaine qu’un engagement par principe. Pire : par défaut. Car une valeur morale est une qualité coutumière fondée sur un consensus non explicité transmis de façon implicite. La politesse par exemple va de soi ; le principe ne se discute pas. Et pour la transmettre, on use d’une pratique dénommée avec grandiloquence éducation, qui n’exclut pas la tyrannie, considérée non seulement normale mais nécessaire : le devoir de bien éduquer. Eduquer devient ainsi une contrainte à, ou une occasion d’exercer une autorité qualifiante. Gratifiante pour soi. Une vraie violence pour les autres2. Ce qui transforme l’exercice d’une autorité légitime, éducative, ontologique, en une aliénation. Aliénation des adultes transmetteurs qui exercent une violence sur des petits qu’ils aiment mais dont ils contrarient les prédispositions naturelles3, dès un âge précoce. Aliénation des enfants et des personnes dépendantes contraints à suivre des directions qui faussent leur perception d’eux-mêmes. L’éducation par principe engendre ainsi des résistances et des blocages correspondants, dont la dissimulation est un symptôme naturel4.

Or, prendre l’habitude de dissimuler ses actes et ses pensées apprend à dissimuler sa colère, ses appréhensions, sa souffrance, ses besoins5. La première conduite à risques pour un jeune est la défiance envers ses aînés. Parce qu’un jour, la défiance deviendra une seconde nature pour lui et qu’il risque de ne plus savoir avoir confiance ni qui il est, ce qu’il veut, aime, craint en vrai. Une fois grand et responsable, il adoptera des conduites extérieures qui correspondront à ce qui est entendu, convenu et, en tant que détenteur d'un pouvoir, aussi insignifiant soit-il, il ajustera ses stratégies à sa mesure d’homme inaccompli, incomplet, insatisfait, fragile. Impressionnable ! On comprendra alors que les valeurs communautaires ne peuvent valoir que pour et dans des groupes restreints ou très anciens dans lesquels prévaut un sentiment d’appartenance fondé sur une homogénéité relative des origines ou des conduites : ouverture réduite à l’étranger, équivalence des besoins et des moyens de les satisfaire. Exactement ce que n’est pas la société moderne où des communautés différentes sont regroupées sans une politique volontaire ET bienveillante d’intégration, se côtoient et se mélangent soit dans le déni les unes des autres soit dans la défiance, constituant malgré elles des facteurs de déséquilibres.

Une volonté politique d’équilibre ferait la promotion de deux valeurs élémentaires : le respect absolu de valeurs communes, et une stricte observance du droit à choisir à titre personnel des valeurs autres que celles de son groupe origine ; question de bon sens. De sens commun. Qu’est-ce que le bon sens ? Une façon d’être qui se partage par nécessité objective, pas par considération morale ou par calcul. Les usagers d’une source vivent en paix tant que son exploitation fait l'objet d'une régulation consentie. Vouloir en détourner le cours ou en modifier les règles d’usage au détriment d’un groupe porte préjudice à tout le monde, puisque tout le monde est condamné à la violence. Le bon sens est un état d’esprit partagé sur la base d’une identité des besoins essentiels, où que nous vivions, qui que nous soyons. Sans invoquer une égalité chimérique, le bon sens nous rend capables de nous accorder les mêmes droits sur un bien commun : la terre, l’air, l’eau, les services ...

De quoi chacun a-t-il besoin pour développer ce sens commun, et se sentir humain parmi les humains, au sens écologique du terme ? Vous avez besoin, j’ai besoin, nous avons besoin de nous sentir en sécurité, confiants dans un recours que l’on sait disponible. Il se trouve que la défiance est universelle, ce qui nous disqualifie dans notre présomption de supériorité par rapport aux animaux. Ce qui nous ramène aux animaux, qui nous aideront à récupérer la conscience de nos qualités d'espèce. Tentez d’empêcher une chienne qui vient de mettre bas de dorloter ses petits, et voyez comment elle réagit. Nous ne sommes pas des animaux !!! Si !!! Nous sommes des animaux mais nous l’avons oublié. Comme nous oublions que nous sommes des être intelligents, et sensibles aussi. Nous fonctionnons comme des cellules modifiées dont la capacité de réaction est réduite à une seule fonction : la peur. Peur de perdre, de gagner moins, de mal faire, d’être trompé, d’oublier ou être oublié, de demain, d’il y a cent cinquante ans … La capacité de perception propre au vivant, qui reste entière chez les animaux et les végétaux puisqu’ils sont capables de se reproduire comme tels, est mise hors service chez nous. Qu’un imprévu vienne contrarier un emploi du temps habituel ou un projet bien ficelé, nous voilà démunis, pantelants, hystériques ; violents. Nous perdons la tête au moment même où nous avons impérativement besoin qu'elle reste à sa place ! Si le gibier que nous pourchassons avec cruauté perdait ses moyens comme nous, nous n’aurions plus besoin de commettre les massacres qui nous déshonorent. Il suffirait de laisser la terreur s’emparer d’eux à notre approche pour les transformer en cadavres vivants, puis à les ramasser avec la fierté légitime que nous procurent nos exploits imbéciles. Qu’avons-nous fait au dieu bon ? A qui bénéficie notre déchéance ?

1Un prophète nouvelle vague ne va-t-il pas jusqu’à affirmer avec solennité que Jésus était le premier clone de l'histoire ;voir « Raêl », Internet

3 Avoir envie de bouger est une disposition naturelle ; fouiller, manger quand on a faim ou qu’il y a quelque chose de particulièrement bon à portée de main ; dire non …

4 Comme un bouton est un symptôme naturel de fièvre.

 

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