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POURQUOI TANT DE HAINE !!

B 01 - Ma pierre à la mystification identitaire

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education, #Morale

Mon témoignage est une ultime initiative de ma part dans mon effort d’intégration à une société qui semble mue par une dynamique de désintégration. Dans un univers où l'excès d'innovations conceptuelles le dispute à l’excès de rituels rétro ; l’excès de professions de foi humaniste à celui des exclusions, l'écriture m'a servi pendant plus de vingt ans à la fois de refuge, bouclier, filtre, et carburant. Elle m’a certainement préservée du scepticisme qui tue l'espoir et mène certains à la dépression, d'autres à la délinquance, d’autres à la politique. Non par vocation, mais en réaction instinctive de survie à un excès de non sens dans leurs vies. Si c'était par vocation, tout le monde serait heureux dans ce qu'il fait, et je n'aurais pas à tant écrire. Or l’espoir ne fait plus vivre. C’est au contraire le dés-espoir qui constitue un dénominateur commun, qui peut faire fuir, résister, ou attaquer-menacer* ... Comme la faim pousse à la recherche de nourriture, l'orage d'un abri, la peur d'un secours. C'est un besoin de cette nature qui m'a donné la force de tenir ferme dans des situations qui semblaient sans issue dans mon rapport à des services fondamentaux : l'école et les services d’action éducative.

Le thème du sentiment d'identité nationale m’a fait l’effet d’une indécence politique. J'y réagis en puisant mes arguments dans mon expérience personnelle. Quel que soit le sujet abordé, il me sert à interroger le sens, la difficulté à honorer les valeurs qui rendent possible une vie en société. Chaque situation est une anecdote singulière ; un incident sans conséquence. En revanche, l'ensemble des instantanés donne une image animée d’une débandade générale qui correspond nécessairement à un moral de souche.

La relecture permanente de mes réactions m’a entraînée à l'autocritique. A chaque lecture, je me suis demandé si mes idées pouvaient faire du sens pour quiconque d’autre que moi ; si elles pouvaient être entendues par les destinataires originaux ; si j’étais toujours d’accord avec moi-même. Je le reste. Les originaux, qui m'ont servi à rendre coup pour coup, ont été adaptés, précisés, condensés, afin que le rapport entre les situations évoquées et les réflexions qu'elles m'ont inspiré(es ?) conserve sa cohérence pour le lecteur..

A l’origine, mon témoignage se voulait juste une illustration vivante de l'arbitraire de la propagande faite contre nos têtes de Français de culture musulmane. L’argument étant : si c'est toujours la terre qui porte l’arbre qui donne la branche qui donne le bourgeon qui donne la fleur qui donne le fruit qui donne la graine, la délinquance initiale vient au stade du fruit mûr ; ou de la graine. Dans un moteur, elle n’est pas à l'allumage mais dans le processus de combustion ; dans les gaz d’échappement. Faire la morale aux jeunes, les amuser ou les sanctionner sévèrement ne réduira pas le volume de CO2 et de particules cancérigènes qui s'accumulent, nous étouffent, et produisent des réactions instinctives de violence en réaction à une asphyxie lente de notre raison. Au fur et à mesure de l’organisation de mes réflexions, j’ai eu le sentiment que l’attaque sournoise au sentiment d’identité nationale s’inscrivait dans une logique d’exclusion nationale, dont voici deux expressions consacrées.

1 « Interdit à toute personne étrangère au service » illustre un tempérament autoritaire dans une société organisée en castes d’experts[1] étanches les unes aux autres, chaque caste se conduisant comme si elle était en danger imminent d’une OPA hostile de la part de toutes les autres castes à la fois. Un esprit apaisé dirait les choses de façon plus courtoise : veuillez vous adresser à tel service ; ces bureaux sont réservés à telle fonction ; ce service n’assure pas l’accueil des usagers … N’importe quoi pourvu de ne pas réduire l’usager égaré à un intrus malvenu, inopportun, fraudeur[2].

لا

2- La formule emblématique « Nul n'est sensé ignorer la loi » pose une interdiction formelle de ne pas savoir. Elle est à la fois l’expression d’un esprit monarcho-divin égo-centré et une barbarie absolue qui impose de détenir une information que personne ne s’impose de donner ni ne s’assure qu’elle parvienne aux destinataires, qui devrait pouvoir la comprendre, l’analyser, et en extraire la substantielle moelle afin d’en faire un usage conséquent. Cette interdiction absurde fait pourtant force de loi, et tout le monde l’applique à la lettre ; de la façon la plus arbitraire qui puisse être[3]. Le même principe régit le système de notation et d’évaluation scolaires. Cette injonction négative irréalisable nous informe que les détenteurs du dogme ne sont pas suffisamment intelligents pour ne pas ignorer[4] que ce commandement s’adresse à qui ne peut pas savoir, vous et moi, et qu’il estpar conséquent inconséquent. Il constitue de fait une violence inqualifiable identique à la sanction infligée à un enfant qui ne comprend pas la règle de trois[5] : « Tu ne sais pas, ne comprends pas, ne peux pas ? Puni ». « Tu es tombé de là où il t’est interdit de monter ? Puni » …

Ces deux formules impératives ont façonné le psychisme français plus sûrement que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». Une telle emprise de l’interdit sur les comportements nous informe que dans l’esprit de tous, il n’y a rien d’autre à partager que la conscience d’une étanchéité à double sens entre des catégories inassimilables. Comme la liberté est inassimilable à l’abus, l’égalité à la conformité, la fraternité à la charité.

Dans le même temps, un défaut d’information peut paradoxalement faire force de loi aussi. Ainsi, la scolarisation est implicitement présentée comme une obligation, alors que ce qui est obligatoire c’est l’instruction. Le fait de mettre un enfant en situation d’apprendre, c’est-à-dire d’accéder à la capacité de lire, écrire, compter, raisonner ; ce que l’école ne semble plus en capacité de faire ! Pour quelle raison cette information est-elle éludée ? Pour quelle raison l’Etat n’aiderait-il pas les particuliers ou des groupes de familles à s’organiser pour donner une bonne instruction à leurs enfants hors de l’école[6] ? Mieux : avec la collaboration de l’École.

[3] Comme celui qui consistait, dans la Russie de la fin du XIX, à dégager les israélites convertis à l’orthodoxie de leurs liens avec leurs enfants et conjoints, ces derniers étant considérés toujours mariés ; L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, Bernard lazare, éd Contre Culture, p 126.

[4] Pour savoir, si vous préférez.

 

La connaissance de la connaissance

J’ai conscience d'un sentiment d'insécurité partagé qui alimente les extrêmes du fioul le plus puant : une peur indéfinissable de l’Autre faite d’un mélange de frustration et d’impuissance. Cela donne de la haine. Si de plus en plus de jeunes entrent dans la violence et s'y perdent, c'est peut-être parce que les inconduites des aînés les rebutent. Car enfin, que leur donnons-nous en exemple si ce n’est l’incohérence, l’intolérance, la stigmatisation, l’arnaque, la déprime, la puissance de l’argent, les ménages à plus de deux ... Leur refus d’une identification à ce qui leur est haïssable est une chance pour nous, si nous sommes capables de raison.

J'invite le lecteur à recevoir mon témoignage volontairement affirmatif comme une marque de ma considération, et m'autorise à émettre un vœu : qu'après l’avoir lu, des parents et des enfants qui ont perdu leurs marques les uns par rapport aux autres acceptent qu'ils ne sont pas en faute mais en souffrance, et qu'ils s'apaisent. Qu'ils s'accordent mutuellement le droit à l'erreur et fassent l’effort de se défaire de leurs rancunes comme on se défait d'un vêtement trop petit. Que les décideurs cessent de traiter des situations qu'ils ne connaissent pas comme un jeune illettré essaierait de configurer un appareil électronique : en suivant les instructions d'un constructeur qu’il déchiffre comme il peut …

* En sanction ultime contre les djihadistes binationaux, Marine le Pen réclamait la déchéance de la nationalité française en juin 2014. Une idée reprise avec un naturel déroutant par la droite républicaine fin 2015. Sauf à assumer franchement l'orientation xénophobe de leur politique à tous, il leur faudra trouver une déchéance équivalente à l'encontre de djihaidstes de souche, blancs ou moins blancs. La démocratie est un exercice exigeant …

 

Schizophrénésie

La schizophrénie est un mode de gestion de la société dans lequel des notions fondamentales sont impraticables, parce que illisibles. Ainsi, je suis libre de me cacher derrière une perruque, un maquillage empesé, des faux cils, fausses lèvres, faux sourcils, faux teint, faux seins, fausse moustache, faux grains de beauté, faux bronzages. Je suis libre de dévoiler mes fesses, mon abdomen avec ou sans le nombril, mes seins jusqu'au sternum ; de me raser le crâne ou de colorer et friser ou défriser mes cheveux et ma crête. Libre de consommer ce qui affecte ma conscience de moi et des réalités, modifie mon caractère et me rend peureux, haïssable ou dangereux ; ce qui tue : alcool, tabac, antidépresseurs & Co, hormones et pseudo amaigrissants. Je peux traiter Le Pen de fasciste, les anciens harkis de « sous hommes », les jeunes de quartier de « racailles » et les autres de « cons ». Mais je n'ai pas le droit de porter un chiffon sur la tête. Ni celui d'affirmer que Le Pen est un chic type. « Quelle déchéance ...» me jettera-t-on avec dédain[1] ! Comme si Le Pen n'était pas un citoyen français de droit et de terroir, en plus d’une personne libre de ses idées. Soyons franchement laïcs. Traitons le sujet du voile sans nous voiler la face derrière les étendards d'une foi aveugle ou d'une autre. Pour une identité nationale qui intègre, ordonnons aux porteurs de perruques, lèvres ou joues empulpées, nez ou mentons customisés, de le signaler d'une façon évidente sur la voie publique. Ainsi seront-ils à égalité avec les porteuses de niqab qui, elles, ne cachent pas leur camouflage.

Ce voile sur le visage étant porté exclusivement par des femmes, on se rendra vite à l'évidence : elles constituent une quantité négligeable par rapport à l'ensemble des porteurs et porteuses de signes distinctifs non visibles à l’œil nu. Le décompte fait, l'égalité de traitement devrait bénéficier aux femmes voilées car, ou bien tout le monde est égal devant la loi et peut jouir d'une liberté égale d'être soi sous des apparences variées. Dans ce cas aucun élément perturbateur de la physionomie ne fait l'objet d'un interdit. Ou bien on établit une liste des libertés exclues du droit, que l'on met à la disposition des citoyens sans distinction. Ainsi, chacun saura quel emballage est démocratique ou pas, et sera en mesure d'arborer l'apparence qui lui convient tout en prenant les mesures de sa sécurité qui vont avec. Comme se cloîtrer ou s'exiler en connaissance de cause[2].

Montrons-nous encore plus radicaux en matière de démocratie. N'interdisons plus, exigeons … Non : obtenons une application rigoureuse du bénéfice du doute : aucune accusation n'est tolérée sans que des preuves irréfutables ne soient produites. Aucun produit n'est mis sur le marché sans une information détaillée, mise en valeur à l'attention du consommateur, et disponible. Alors seulement le niqab deviendra-t-il légitimement un problème de société, puisqu'il n'y aura plus rien d'autre que ce chiffon porté de cette façon pour nous diviser.

لا

 

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